Aujourd’hui, nous avons le plaisir de rencontrer un athlète qui enchaîne les bonnes perfs sur les sentiers les plus exigeants. Ce passionné de trail a récemment démontré toute l’étendue de son talent sur plusieurs courses emblématiques du calendrier : Il s’est d’abord illustré avec brio en remportant le 42 km du Trail du Kreiz Breizh (TKB) le 22 mars dernier. Il a ensuite confirmé sa forme en montant sur la 3ème marche du podium sur le 40KM de l’UTMA (Ultra Trail Montagnes d’Arrée). Et plus récemment encore, il a signé une superbe 4e place sur le redoutable 67 km de Guerlédan. Entretien avec un coureur déterminé, régulier, et visiblement prêt à repousser encore ses limites.
Salut, mais qui es tu ?
Salut, j’ai 35 ans et je fais de la course à pied avec un sérieux penchant pour le trail. Je suis originaire de Plouescat dans le Léon où j’ai eu la chance de grandir en bord de mer et je vis depuis quelques années maintenant à Sizun, à l’entrée des Monts d’Arrée. D’un point de vue sportif, j’ai fait beaucoup de skate pendant une bonne dizaine d’années. C’est en partie grâce à ce sport que j’ai découvert que j’aimais passer beaucoup de temps dehors, mais aussi la compétition. J’ai aussi fait quelques années de tennis, pas mal de surf et de chasse sous-marine et un peu de foot. J’ai fait des études de STAPS et j’ai un BPJEPS AAN. Côté professionnel, je suis maître-nageur à la piscine de Landivisiau depuis 8 ans
Un p’tit surnom ?
Kev, très original, j’en conviens 🙂
La course que tu rêves de gagner ?
En tant que Breton, j’aurais du mal à répondre autre chose que Guerlédan ! ça commence à faire un moment qu’un breton ne s’y est pas imposé et si ça peut être moi, je prends. J’étais déjà venu assister à la course en 2023 et 2024 en tant que spectateur et je trouvais que l’évènement dégageait une atmosphère différente des autres. Cette année, pour ma première participation, j’ai vécu un moment incroyable sur la course et c’est certain que j’y reviendrai !
Ta perf’ dont tu es le plus fier ?
En 2022, je fais mon premier trail « long » sur le 49 km de l’UTMA. A ce moment là, monter sur le podium n’était qu’un rêve lointain. Depuis, j’y suis retourné chaque année et j’ai fini par monter sur la troisième marche du podium cette année en 2025. J’ai vécu une course très intense en passant par toutes les phases allant de l’euphorie à l’envie de jeter l’éponge. Je peux dire que je suis fier de cette perf parce que je suis allé jusqu’au bout mais aussi parce qu’il y a tout un contexte : Les Monts d’Arrée, c’est mon terrain d’entraînement toute l’année donc forcément j’ai envie de bien faire. En plus, cette année, j’avais pas mal de copains qui n’étaient encore jamais venus me voir courir qui étaient présents sur le parcours, ça m’a donné beaucoup de force ! Et enfin, j’en suis fier parce que ma copine Elodie Beuzit avait déjà gagné la course deux fois, il était temps de remettre les pendules à l’heure en rentrant moi aussi à la maison avec un panier garni et une médaille 🙂
Ton souvenir le plus délirant en course ?
On est en 2022 sur un trail à Ploujean. Je suis 2nd de la course à environ 2km de l’arrivée : dans une longue ligne droite, je ne vois plus de balisage et, étant un spécialiste pour me perdre quand j’ai commencé les compétitions en trail, mon cerveau arrive à me convaincre que je me suis trompé à l’intersection précédente. Je fais donc demi-tour en râlant car je suis sûr que je vais perdre des places mais, quelques dizaines de mètres plus loin, je me retrouve nez-à-nez avec le troisième et je lis dans ses yeux « Mais qu’est-ce qu’il fait cet imbécile ?». Je comprends immédiatement que j’étais donc sur le bon chemin depuis le début, je refais demi-tour pour finir en donnant tout ce qu’il me restait pour conserver ma seconde place, ce que j’arriverais à faire pour mon plus grand bonheur ! Depuis, mes sens de l’observation et de l’orientation se sont développés et je m’évite ce genre de situation autant que possible !
L’athlète qui n’arrête pas de s’la péter ?
Camille Loisel ! En plus je travaille avec elle et c’est souvent dur de trouver sa place vu la taille de ses chevilles 🙂 Plus sérieusement, c’est une amie et une ravitailleuse de grande qualité. Et on risque d’entendre parler d’elle dans le monde de la course à pied d’ici peu.
L’athlète le + fêtard ?
Trois noms me viennent à l’esprit et me font hésiter : Benjamin Martinez, Morgan Pouliquen ou Valentin Piques. Après réflexion, je dirais Benjamin, il a une vraie fougue et un talent indéniable baskets aux pieds mais, sans trop en dévoiler, je peux vous dire qu’il a au moins la même fougue pinte en main 🙂
Ton objectif sportif pour les mois à venir ?
Ma première moitié de saison s’est déroulée uniquement en Bretagne où je trouve qu’il y a déjà énormément de supers évènements à découvrir et une forte communauté de traileurs de top niveau ! Mais la suite, ce sera la découverte de l’effort en montagne, avec le Val d’Aran by UTMB format 32KM/2100 D+ début juillet et ensuite ce sera Nice by UTMB format 55KM/2100 D+ fin septembre. Pour le reste, je me laisserai aller selon mes envies et les opportunités.
Un régime spécial d’avant-course ?
Je suis un peu ritualisé sur les trois jours d’avant course et parmi les menus, je dirais que mon préféré c’est les patates/haricots verts/oeufs brouillés, ça fait peut-être pas rêver sur le papier mais c’est un régal. L’autre chose à laquelle je fais attention, c’est à ma consommation de chocolat noir. J’ai tendance à être un peu dans l’excès sur pas mal de choses et le chocolat en fait parti donc, disons que les trois jours avant une course, je m’interdis de manger une tablette par jour et je me limite plutôt à 3/4 carrés. Mais c’est dur 🙂
Le truc qui t’énerve dans la vie ?
Les gens défaitistes, c’est peut être un peu naïf de dire ça mais je trouve plutôt facile de faire preuve d’optimisme et de voir le bon côté des choses. J’essaie de m’appliquer ça à moi-même le plus possible.
Tu penses à quoi sur la ligne de départ ?
C’est un peu bateau mais j’essaie de me mettre dans ma bulle et d’avoir les pensées les plus positives possibles. J’aime beaucoup utiliser la visualisation alors si je connais le parcours, je m’imagine en train de courir dessus et en train d’y courir vite tant qu’à faire. Une fois la course partie, le stress disparaît complètement et il m’arrive de partir dans des pensées délirantes sans trop savoir pourquoi et d’y repenser en rigolant tout seul une fois la course terminée.
Plutôt pâtes carbo ou bon gastro ?
Les pâtes carbo, j’en ai mangé plusieurs fois par semaine quand j’étais étudiant et vu que je suis resté étudiant longtemps (la fête n’a rien à voir avec ça…) j’avoue que j’apprécie découvrir d’autres « spécialités ». Par contre un bon gastro pas vraiment non plus. Disons qu’un bon restaurant traditionnel ou une bonne crêperie me conviennent parfaitement tant qu’il n’y a pas du formage dans tous les plats et qu’un dessert au chocolat est proposé.
Plutôt grass’mat’ ou lève-tôt ?
+ le sport a pris de l’importance dans ma vie, + je me suis levé tôt, donc aujourd’hui je peux clairement dire que je suis lève-tôt. Il faut réussir à trouver du temps pour s’entraîner tout en gardant un équilibre avec la vie professionnelle, personnelle et sociale.
Le film dont tu aurais aimé faire parti ?
Je dirais « Robin des Bois, prince des voleurs » avec Kevin Costner. Quand j’étais petit, j’adorais ce film que je regardais en VHS sur le magnétoscope de mes parents. Quelle belle époque ! Ce film me faisait rêver et m’a donné envie de construire des lances et des arcs, ce qui me permettait de me battre contre de nombreux ennemis imaginaires, et de gagner 🙂
Est-ce que l’année du Covid aura changé quelque chose dans ta vie sportive et/ou sociale ?
Quelques années avant l’arrivée du Covid, j’avais commencé à jouer au foot sur le tard, j’y prenais un certain plaisir mais je sentais bien que je n’étais pas complètement épanoui. Le Covid et donc l’arrêt du foot m’ont permis de prendre conscience que les moments où j’avais été le plus épanoui dans ma vie étaient en lien avec des sports individuels : le skate, le surf, le tennis etc.. J’ai donc accompagné mon grand pote Hugo Kergoat sur quelques sorties course à pied. Je n’y prenais pas de plaisir mais, en 2021 j’ai décidé de suivre un plan d’entraînement pour réaliser un 10 kilomètres. Pratiquer ce sport en mettant des choses en place pour réaliser un objectif m’a fait naître la passion. J’ai très vite été piqué et depuis, la passion et l’amour pour ce sport et tout ce qu’il m’a apporté, ne font que grandir.
Le plus beau cadeau que l’on pourrait te faire ?
Un budget illimité pour acheter des chaussures de course à pied. J’ai un vrai souci avec ça, j’ai toujours aimé les chaussures mais cette addiction s’est grandement développée dernièrement, et l’algorithme Instagram a bien compris ma faiblesse 🙂
Le truc de fou que tu aimerais faire ?
Une sortie trail de plus d’une heure sans frôler la rupture avec Elodie. Mais je suis bien conscient d’être un peu rêveur 🙂
Le plus bel endroit de France ?
La plage des Amiets à Kerfissien.
La personne la plus connue de ton répertoire téléphonique ?
Je dirais mon entraîneur Christophe Malardé. J’ai aussi le numéro de Beyonce mais je crois qu’elle l’a changé depuis qu’on ne se fréquente plus 🙂
Ta blague préférée ?
Pourquoi un traileur ne ment jamais sur sa consommation de glucides ?
Parce qu’il sait que tôt ou tard, la vérité finit toujours par sortir 🙂
La honte de ta vie ?
J’ai une dizaine d’années et je suis sur mon vélo direction le port de Kerfissien pour aller chercher des appâts pour aller ensuite à la pêche. J’ai donc un seau accroché sur la gauche de mon guidon et je tiens une fourche dans la main droite, jusqu’ici rien d’anormal. J’arrive sur la place du marché pleine de monde et en tournant à droite, je sais pas ce que je fais, mais la fourche se prend dans ma roue avant, mon vélo stoppe net ! Je fais un soleil et me retrouve au sol sur le dos avec mon vélo et tout mon barda sur moi devant tous les gens présents au marché à ce moment là. Quand on a 10 ans, c’est une méga honte et c’était dur de faire bonne figure quand tout ce que j’voulais, c’était me cacher.
Un conseil pour bien débuter en course à pied ?
J’ai tellement fait d’erreurs à vouloir en faire qu’à ma tête, en me blessant en faisant n’importe quoi, que je dirais qu’un bon conseil serait de se rapprocher d’un club d’athlétisme ou d’un coach pour apprendre les bases de la course à pied et être guidé. Courir, c’est peut-être inné, ça n’empêche que faire appel à des gens expérimentés quand on ne l’est pas soi-même sert toujours.
Question de Tony Bihel, notre invité précédent : Des normands viennent glaner des podiums en Bretagne mais quand les bretons oseront ils venir sur les épreuves normandes ?
Les bretons viendront gagner des courses quand vous aurez des vraies bosses et quand vous nous rendrez le mont St Michel 🙂
Enfin, quelle question souhaites tu poser à notre prochain invité ?
Est-ce que tu as un rituel d’avant course qui te permet de te mettre en confiance, comme Zizou qui mettait toujours sa chaussette gauche en premier par exemple ?
Merci beaucoup Kévin et @ bientôt !


